Poème "Dunkerque" par Emile Salat 1858

  

 
Elégante cité qu'on voit comme un géant
De ton site élevé dominer l'Océan !
Toi, que vont caresser les plus paisibles ondes
Se soulevant parfois en vagues furibondes,
Ton aspect pittoresque offre mille tableaux
A l'artiste qui sait manier ses pinceaux...

Souveraine des flots t l'âme demeure empreinte
De la sévérité régnant dans ton enceinte.
Le touriste étranger, arrivant pour te voir,
S'arrête satisfait et se sent émouvoir.
Ton site, ton beau port, ton havre, tout l'enchante.
Ton commerce étendu dans sa marche ascendante,
Suivant le cours heureux de ses prospérités,
Marque ta place au rang des plus riches cités.
Qu'on aime à contempler ta rade magnifique,
Ton phare qui, la nuit, par un effet d'optique
Lance au loin ses rayons indiquant le danger
Au navire que guide un pilote étranger 1...
Qu'on aime à contempler sur la liquide
Tes superbes vaisseaux surmontés du misaine,
Vaisseaux venus du sud ainsi quo du levant,
Balançant sur les flots au caprice du veut I...
De ces nombreux vaisseaux traversant les deux mondes,
Quelques-uns sont armés par les géants des ondes,
Ils partent pleins d'espoir, et parmi les glaçons,
Asiles dangereux dn monstrueux poissons,
Certains déjà des traits d'une campagne heureuse,
Dirigent prudemment leur course périlleuse.

Majestueuse mer ! ton grandiose aspect
A tout être qui pense inspire le respect.
En plongeant le regard sur ta vaste étendue,
Ta surface d'azur semble atteindre la nue,
Et par un jour serein, le liquide élément
Semble se marier avec te firmament.
Mais lorsque la tempête entr'ouvrant ton abîme,
De ta vague en fureur fait moutonner ta cime ;
Quand tes flots irrités, par un suprême effort,
D'un gigantesque bond vont menacer ton bord,
L'âme se sent émue et connaît ta puissance
Qui resserre tes eaux dans ton bassin immense,

A l'époque où la Vierge amenant la chaleur,
De l'été qui la suit fait sentir In douceur,
Le malade agité que la douleur ravage,
Dès l'aurore à la nuit vient peupler ton rivage.
Par ton eau solitaire au bain sollicité,
A tes sels bienfaisants demandant la santé,
Abandonne tes bords, le coeur plein d'allégresse
Et te teint coloré des fleurs de ta Jeunesse.
Mais ceux à qui te mal ne darde pas ses traits,
Qu'attirent seulement tes merveilleux attraits.
Pendant une heure ou deux s'éloignent de ta rade,
Et jusqu'au point marqué poussent leur promenade.
Les esquifs emportant les hardis bataillons,
Dans l'onde alors tranquille imprimant des sillons,
Unissent sur les flots la joyeuse famille.
Dés qu'elle a bleu vogué, la légère flottille
Enfle sa voile, part, cl d'un commun accord
Hâte sa course, chante et regagne le port.

Remarquable cité qu'un monarque immortel
Céda pendant quatre ans au célèbre Cromwell !
Ta gloire antique encore emprunte un nouveau lustre
Des hauts-faits accomplis par un marin illustre
Qui, par son énergie et sa grande valeur,
De ce prince-héros sut gagner la faveur.
Une fermeté rare, un courage d'Alcide,
Le dédain de la mort, une ardeur Intrépide,
Une âme noble et fière, un langage sans fard,
Au lecteur ont déjà fait connaître Jean Bart.
Cité dont les hôtels offrent tant d'élégance!
Non loin de tes remparts est un chantier immense,
Où l'on voit rassemblés tous les matériaux
Se changeant lentement en superbes vaisseaux.
C'est là que se dessine, au centre de sa cale,
Sur des billots dressés leur quille colossale,
Dont le point reposant sur un plan incliné,
Glissant Vers le talus dans un moment donné,
S'échappe avec fracas, plonge, et l'énorme masse
Oscillant lourdement remonte à la surface.

Un enfant du Midi dans le Nord transplanté,
A vu depuis deux ans l'élégante cité.
Le berceau de Jean Bart retrace à sa mémoire
De ses fastes pompeux l'intéressante histoire.
Conservant de ce lieu le plus doux souvenir,
Il attend le moment d'y pouvoir revenir
Pour admirer le port, pour contempler encore
L'azur de l'océan au lever de l'aurore. 

Ce que l’on sait de l’auteur
très peu connu et quasiment absent des bases littéraires modernes
il s’agit d’un poète local, publié dans des recueils ou bulletins littéraires aujourd’hui non numérisés.
 Style : lyrique, influencé par le romantisme (Hugo, Lamartine). 

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