"le Carnaval de DUNKERQUE au 19éme siécle"


LE CARNAVAL DE DUNKERQUE AU XIXéme siècle
 Dans son livre «le petit producteur» en 1824 le Baron Charles DUPIN décrivait de la façon suivante le carnaval de Dunkerque au début du XVIII siècle.
 «Autrefois, Dunkerque était, un port franc. On y vivait sans payer aucun droit pour les marchandises étrangères qu'on y consommait. C'était un plaisir perpétuel et d'autant plus vif que le pays d'alentour en était privé. Cependant, comme les habitants de la ville avaient des idées charitables, voici ce qu'ils avaient imaginé. Quand le carnaval arrivait, les neuf dixièmes de la population s'habillaient en polichinelles, et soir, et matin ils sortaient de la ville pour aller en partie de plaisir aux villages les plus voisin.
Les deux bosses de chaque polichinelle étalent remplies de marchandises prohibées, pilées avec soin et comprimées fortement. Les soieries, les mousselines, les dentelles, en un mot, les objets les plus fins et les plus chers y tenaient à merveille.» Il est important de noter que de tout temps le carnaval Dunkerquois a gardé une mission philanthropique.  
 Les trois joyeuses aux XIX siècle 
 De toutes les villes du nord de la France, Dunkerque est celle où de tout temps, le carnaval a été célébré avec le plus d'entrain et de gaîté.
Pendant trois jours et trois nuits à partir du dimanche-gras, toute la population valide se livre, en costumes élégants ou burlesques, à des ébats, des excentricités inimaginables.
 Aussi les Dunkerquois tiennent-t-ils beaucoup à leur fête traditionnelle qui attire toujours un grand nombre d'étrangers.Après la révolution le carnaval de Dunkerque a joui d'une vogue bien méritée. Sa réputation s'étendait au loin et, non seulement des régions voisines, mais même de Paris, on venait faire carnaval à Dunkerque. 
 Le dimanche avait lieu L'ouverture du carnaval, vers deux heures. Ce jour-là, on ne rencontrait pas beaucoup de masques ; mais, généralement, un cortège attirait la foule; quelquefois même, le Reuze était au milieu de ses fidèles. 
La musique de la Garde nationale et sa batterie ouvraient la marche. Souvent elle adoptait l'uniforme du marin; d'autres fois, chacun s'habillait à sa fantaisie et l’on voyait, dans les rangs des carnavaleux les types plus ou moins réussis de tous les costumes. Venaient ensuite les armes de la ville: un chevalier à la queue de Dauphin puis s'avançait le bateau de Jean-Bart.
  
Le chef d'escadre est au gouvernail. Devant lui, Mars se tient à droite et Neptune à gauche ; Mercure se trouve à la proue et, à la poupe, la Victoire couronne le héros. Le navire semble marcher de lui-même ; en réalité, il était porté par six vigoureux rameurs, revêtus de l'ancien costume dunkerquois. 
Les pauvres n'étaient pas oubliés; de nombreux quêteurs, désignés à l'avance parmi les marins, sollicitaient la charité des promeneurs sur tout le parcours du cortège.  
Le lundi était alors, le jour traditionnel de la bande des Pêcheurs. Croire qu'elle était seulement composée d'ouvriers et d'artisans serait une erreur; toutes les classes de la société s'y mêlent; c'est l'égalité dans le plaisir.
Combien ne voudraient pas manquer de risquer un
beurlje dans la Visschersbende. Précédés de fifres et de tambours, des milliers de masques aux vieilles défroques usées par le temps, les habits retournés, les chapeaux fripés, crient, dansent, se précipitent.
Au-dessus de leur tête, on voit s'agiter de vieux parapluies, des ombrelles démodées. Malheur à l'infortuné qui, aperçu par un ami, est entraîné par la bande! Il a toutes les chances de ne s'en tirer qu'avec son chapeau enfoncé.
Soudain, la bande s'arrête; la voilà devant la maison d'un gros personnage qui a donné la pièce aux tambours. On bat le rappel et, de toutes les rues voisines les masques d'accourir à l'instant pour former
le tas
 C'est alors que, pendant un quart d'heure, s'exécute le fameux rigodon, danse effrénée que marque l’air infernal des fifres et du tambour. Puis, la bande repart de plus belle, pour ne se séparer qu'à la chute du jour. 
 Le mardi est le jour le plus animé. Dès le matin, on rencontre des bandes nombreuses aux costumes variés. 
Bientôt les rues se remplissent de masques. Arlequins, pierrots, dominos, gilles et paillasses forment de petits groupes que guide le son du crincrin, du violon ou du flageolet. Puis, viennent les grandes bandes; des hommes habillés en femmes les précédent en jouant du fifre avec accompagnement de cymbales et de grosse caisse. Au milieu des masques et des curieux surgit tout-à-coup l'interminable file de bossus au costume vert ou rouge. Formée de jeunes gens les plus distingués de la ville, la bande joyeuse, un petit panier à la main, se précipite comme un torrent dévastateur met tout en fuite sur son passage. 
Plus loin, on aperçoit des masques vêtus de lustrine noire parsemée de flammes rouges, ce sont les diables; ils s'amusent à frapper les passants avec une vessie gonflée ou, se tenant par la queue, ils passent rapidement à travers la foule et provoquent un sauve-qui-peut général. Les turbulents pirlalas, portant une latte à la main, ne le cèdent en rien aux diables et aux bossus. Au milieu de cette cohue s'avance, d'un pas lent et méthodique, l'éternel figueman avec son cortège de gamins ; il tient gravement une perche d'où descend une corde à laquelle est attachée une figue qu'il est défendu de prendre avec la main. Les gamins se bousculent, tombent, se relèvent, et cette scène comique, fréquemment répétée, excite l'exubérante hilarité de la galerie; enfin, l'un d'entre eux, plus avisé ou plus heureux, happe la figue avec la bouche et reçoit un liard comme ré-compense, ou même une poignée de craquandoules mélangés de jalap à haute dose. 
Plus loin trois petites vieilles, habillées d'une cape grise, elles marchent d'un pas encore alerte et semblent chercher quelqu'un. Les voilà qu'elles s'arrêtent et qu'elles se mettent à chuchoter. Leur victime est trouvée. Alors, c'est un feu roulant de plaisanteries plus ou moins anodines, de perfides médisances, de propos indiscrets. Le patient est sur la sellette. Autour de lui se forme bientôt un cercle qui s'amuse à ses dépens. Plus d'un n'est pas sorti blanc comme neige de ces conversations avec les petites vieilles. Elles savent tout, elles ont pénétré partout, elles connaissent, les peccadilles des beaux messieurs et prennent un cruel plaisir à les rappeler en présence de leurs dames. Quand elles croient avoir suffisamment assouvi leur vengeance ou leur méchanceté, elles cessent leurs intrigues et s'en vont continuer plus loin le cours de leurs exploits féminins. A signaler encore les macabres, boules mouvantes, aux couleurs diverses, qui avaient pour mission d'écarter la foule. 
Voici maintenant les anciens costumes de Dunkerque: les pilotes, les bazennes, les coursiers (matelot qui faisait autrefois la course. Il était vêtu d'une chemise et d'un bonnet de laine rouge, d'un pantalon bleu très large au bas, d'une ceinture blanche ou bleue) , les pêcheurs et les pêcheuses . On n'entend de tous côtés que les vieilles chansons fla-mandes : de Bazinne, AnneMarie, Anne-Boulire, Moeder-Porret, etc:
 Mais la nuit est venue, c'est le signal de la retraite. Les bandes se disloquent peu à peu ; la rue de l'Eglise, la Grand-Place, la rue Royale, si animées, si vivantes pendant l'après-midi, reprennent leur physionomie ordinaire. Les chants se taisent et les derniers sons des ins-truments ne tardent pas à s'éteindre. Cà et là, on entend bien encore quelques cris bruyants; ce sont les acharnés qui vont finir leur carnaval chez Rouzé (La salle Rouzé, ainsi appelée du nom de son propriétaire, était rue Dupouy, à la salle St-Georges, (La salle St-Georges, se situé à l’époque près de la caserne Jean-Bart) au Pampier-Lantern (la lanterne de papier, était, l'enseigne d'un cabaret qui se trouvait à l'extrémité de la rue des Pierres en face, il y avait un autre cabaret, au retour de Petite-Synthe) Là, en vrais Flamands, ils passent la nuit à danser et à boire de la bière, du genièvre et de l'eau-de-vie. Plusieurs de ces gaillards, qui ont commencé le carnaval le dimanche matin, ne goûtent pas un instant de repos pendant les trois jours et les trois nuits. Le soir, on n'allait pas alors dans les cercles et dans les cafés. Beaucoup rentraient chez eux passer la soirée en famille; on mangeait les traditionnels pannecouques et les claquarts, d'autres formaient des bandes, aux costumes élégants et s'en allaient visiter les demeures particulières où elles étaient reçues avec la plus-grande cordialité. On se livrait d'abord à tous les plaisirs de l'incognito; puis, après avoir pris d’excellents rafraîchissements, on improvisait quelques danses. Le mardi, le théâtre ouvrait ses portes toutes grandes ; la foule s'y pressait. On s'y amusait ferme et l'intrigue battait son plein; mais tout se passait entre gens de bonne compagnie.
 Le mercredi des cendres, dès l'aurore, plus d'un plus d'une surtout se précipitait dans les églises pour recevoir un assche-kruytje. Ce même jour, on avait coutume d'enterrer le carnaval. Dès neuf heures du matin, quelques débris de la bande des pêcheurs, le costume en lambeaux, la voix éraillée par de copieuses libations, portaient à travers les rues un mannequin de paille et s'en allaient le jeter dans le port. L'après-midi, nombreux étaient les promeneurs qui se rendaient à la Friture; là, pour se remettre de leurs fatigues, ils consommaient force huîtres et crevettes, assaisonnées de vin blanc ou de bière mous-seuse. 
 Chaque année avaient lieu trois bals masqués: Le mardi du carnaval, les dimanches de la violette et de la mi-carême.Le grand bal paré et masqué du carnaval commençait à neuf heures trente et durait toute la nuit.
Les chansons du Carnaval 
 Le flamand l'emportait encore sur le français, dans la vie ordinaire comme dans la vie excentrique du carnaval. Au milieu de toutes ces étrangetés et des joies publiques, on n'entendait que chansons flamandes, et du dimanche au mardi gras on répétait "sans cesse ces refrains :
 'T is vanslacg carnaval En morgen vasten-avond. « Il est aujourd'hui carnaval et demain le carême. » 
 't is de bazinne van al de bazinnen 't is de bazinne van boven, .En ze drinkt zoo geirne cen droppeltje Dat zy valt achlerom over. « C'est la bazenne de toutes les bazennes, c'est la bazenne d'en haut, qui boit si volontiers une gouttelette qu'elle en tombe à la renverse.»  On appelait « bazenne » l'hôtesse, la cabaretière, une paysanne, la femme d'un maître ouvrier, celle d'un pilote, et toutes les petites bourgeoises en général. Au carnaval, le déguisement de la bazenne est fort soigné, très joli, cossu et riche. On le met aux petites filles. 
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